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12 heures pour sauver le château – Chapitre 1

12 heures pour sauver le château – Chapitre 1

Samedi 20 décembre – 8 h 00

Si tout se passait bien, ce soir, le château serait sauvé. Dans une douzaine d’heures, la vente caritative rapporterait assez d’argent pour boucler le financement de la première tranche de travaux. La demeure de ses ancêtres pourrait renaître… enfin.

Irène enfouit le nez dans son écharpe et tourna le dos à sa maisonnette aux volets bleus.

Elle se hâta de traverser le parc sous la lueur blafarde des lampadaires, la neige crissant sous ses pas. Bonnet enfoncé sur la tête et poings serrés dans les poches, elle ne put s’empêcher de remarquer les traces qu’elle croisait sur son chemin. Ainsi donc, d’autres Moon Boots avaient foulé les allées avant elle ? Alors que le jour n’était même pas levé ?

Quelle idée de se balader aussi tôt dans le parc ! Et par un froid pareil ! Le brouillard avait englouti les arbres et le village tout entier depuis trois jours. Tout le monde attendait impatiemment les premiers rayons de soleil qui révéleraient la nature en des milliers de cristaux. Féérique. Mais pour l’instant, aucun oiseau n’avait encore pris le risque de sortir le bec du nid.

Des volutes de buées s’échappaient de son cache-col en laine mohair. Irène frissonna. Elle n’était pas équipée pour sortir par de telles températures. Personne ne l’était dans la région bordelaise ! À son grand étonnement, dix centimètres de poudreuse avaient recouvert le paysage la nuit dernière. Dix malheureux centimètres qui paralyseraient toutes les activités : la circulation allait être bloquée pendant des heures, compromettant le succès du marché de Noël et, surtout, de la vente aux enchères.

Elle secoua la tête, chassa ces idées négatives et poursuivit sa marche les yeux rivés sur le sol, autant pour voir où elle mettait les pieds que pour se soustraire à l’air glacial. S’il fallait identifier ces empreintes de pas, elle aurait bien du mal. Bien sûr, on pouvait toujours tenter de deviner la marque avec les picots et les stries gravées dans la neige, ou la taille. Ici, probablement un quarante-quatre, quarante-cinq. Un homme. Plus loin, des traces similaires, mais plus profondes. Toujours un homme, mais plus lourd. Combien de kilos en plus fallait-il pour s’enfoncer de quelques centimètres supplémentaires dans la poudreuse ? Et combien de centimètres d’abord ? Ces observations étaient bien légères… Tu parles d’une enquêtrice ! se surprit-elle à penser.

Elle secoua la tête de nouveau. N’importe quoi ! Pourquoi aurait-elle besoin d’enquêter ? Elle n’était pas détective, mais prof. Et cela faisait plus d’un an qu’elle était enfin tranquille. Plus de mort suspecte à Castegnan, plus de disparition, plus de cadavre retrouvé par hasard. La vie normale ! La routine. Le métro-boulot-dodo. Le train-train quotidien. Enfin, le train…

Elle fronça les sourcils. Elle n’avait pas entendu le klaxon familier du TER de sept heures vingt-deux. Si la SNCF aussi était paralysée, c’était le pompon ! Personne ne pourrait rejoindre le village pour l’évènement. La vente caritative serait un fiasco. Cette vente de bijoux dans laquelle elle avait placé tant d’espoir…

Elle sortit du parc. Les empreintes de pas se resserraient sur le parking, puis sur la place des Arcades. On avait piétiné entre les chalets installés pour le marché. Quelques chaussures de ville s’étaient fait surprendre par la neige. Ici un talon carré, là le pied tout fin d’une ballerine, un petit trente-sept ? Trente-six ? Toutes les empreintes convergeaient dans la même direction. Irène sourit, elle savait pertinemment où tous ces inconnus s’étaient rendus.

Elle releva la tête. À travers le brouillard, une lueur jaune trahissait la présence du meilleur salon de thé qu’elle connaissait. Celui de Jacqueline et Andrée, sa grand-mère et sa meilleure amie. Le Doux Délice. Des sons étouffés s’en échappaient. La jeune femme remonta son écharpe jusqu’aux yeux et pressa le pas. À trois mètres de la devanture, elle posa le pied avec précaution sur le trottoir. Attention au verglas ! Bien que protégé par les arcades, l’humidité ambiante n’épargnait aucun recoin.

Lorsqu’Irène poussa enfin la porte, les cloches de l’église annonçaient l’Angélus.

Huit heures cinq, et déjà, le Doux Délice bourdonnait comme une ruche en surchauffe.

Pour leur dernier Noël dans leur salon de thé-snack, Jacqueline et Andrée avaient mis le paquet.


FIN DU 1ER CHAPITRE !

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