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Meurtre à Dublin (un jour de pluie) – Chapitre 1

Meurtre à Dublin (un jour de pluie) – Chapitre 1

Accoudée à sa commode, Irène observait la valise posée sur le lit. D’un coup de stylo rouge, elle cocha les dernières cases de sa liste. Coupe-vent, check. Nu-pieds, check. Sac à dos, check. Ma petite robe verte, check. Elle était prête à partir en vacances, enfin. J’espère que ce séjour sera… sans incident, pensa-t-elle. Elle ignorait à quel point elle se trompait.

D’un geste machinal, la jeune femme passa une mèche rebelle derrière son oreille. Ses yeux verts parcoururent le contenu de sa valise, il restait encore un peu de place. Elle sortit deux pulls légers d’un tiroir et les plia à la bonne dimension pour les ajouter à son précieux paquetage. Satisfaite, ses doigts fins lissèrent les vêtements afin de s’assurer de ne pas créer de plis disgracieux. Tout était prêt.

Il n’était pas tout à fait sept heures. La maison baignait dans un silence tranquille, propre aux matins du mois d’août dans la campagne bordelaise. Les rues de Castegnan somnolaient encore, à peine troublées par le battement d’ailes de quelques mésanges. Jacqueline n’allait pas tarder à arriver.

Irène boucla son bagage. Elle l’avait choisi rigide pour parer à toute éventualité durant le transport, et de couleur noire. Discret. Passe-partout. Quitte à investir, elle s’était offert un modèle récent chez Samsonite. Une marque robuste. Il lui fallait bien ça pour protéger les lettres que lui avait confiées sa grand-mère. Elle brouilla le code de la serrure à combinaison et vérifia que l’étiquette portant son nom et son adresse était bien à sa place.

Irène se dirigea vers la fenêtre. Elle profita du léger courant d’air qui fit virevolter quelques mèches auburn tombées de sa queue de cheval. Elle sourit à l’idée de la fraicheur bienvenue qu’allait lui offrir Dublin dans cet été caniculaire. Elle se pencha pour fermer ses volets, tirant un battant, puis l’autre dans un grincement léger de gonds rouillés. Elle verrouilla la fenêtre et tira le rideau. Après un mois de juin épique au collège où un cadavre avait perturbé la fin d’année scolaire, et un mois de juillet éreintant à préparer ce voyage impromptu, la professeure d’anglais consciencieuse et attentive n’aspirait qu’à un repos bien mérité sur son île de cœur, en Irlande.

Tut, tut !

Deux coups de klaxon retentissants firent sursauter la jeune femme. Elle ne s’attendait pas à une arrivée si tonitruante de la part de sa grand-mère… Décidément, cette dernière l’étonnait chaque jour davantage. Maintenant que tout Castegnan connaissait son secret de jeunesse, on aurait dit que la septuagénaire ne faisait plus aucun effort pour sauver les convenances.

Irène traina sa valise jusqu’au séjour où elle vérifia une dernière fois que tout était en ordre. Volets et fenêtres fermés. Appareils électriques débranchés. Elle jeta un œil par-dessus le comptoir pour procéder au même contrôle dans la cuisine. Check. Elle enfila une paire de baskets et se saisit du sac cabas qui l’attendait sur un crochet dans l’entrée.

Tut, tut !

Irène leva les yeux au ciel, pressa l’interrupteur et sortit. Avant même de fermer à clé, elle adressa un regard lourd de reproches à sa grand-mère arrêtée au beau milieu de la rue. Celle-ci lui répondit par un grand signe de la main. La jeune femme posa son index sur sa bouche pour lui intimer le silence, sans succès. Toute guillerette, Jacqueline claqua la portière tout en laissant tourner le moteur puis ouvrit le coffre de sa Mini Cooper. Le cadeau qu’elle s’était fait à elle-même le jour de son départ à la retraite de l’Éducation nationale, dix ans auparavant.

Après avoir tourné la clé dans la serrure et vérifié deux fois que l’entrée était bien verrouillée, Irène respira une dernière fois l’air parfumé de son jardin. Son Buddleia fleurissait de nouveau, ses grappes fuchsias attirant une nuée de papillons jaunes. Elle tira le portillon derrière elle, puis embrassa sa grand-mère qui la serra dans ses bras.

— Bonjour ma chérie. Tu en as mis du temps !

— Hello Mamie !

— Tu as bien pris les lettres ?

— Oui, Mamie, répondit la jeune femme dans un souffle tout en glissant sa valise dans le coffre.

— Tu l’as bien étiquetée ?

En guise de réponse, Irène souleva le petit clapet noir, désigna l’étiquette de son index puis referma ce petit logement intégré à son bagage. Jacqueline hocha la tête en regardant sa petite-fille dans les yeux. La septuagénaire avait l’air encore plus excitée qu’un enfant de cinq ans à qui on a promis une glace, une journée à la plage ou une visite au zoo.

Les deux femmes grimpèrent en voiture, Jacqueline fit glisser la vitre du toit ouvrant et passa la première. Direction l’aéroport de Bordeaux-Mérignac ! À la radio, le dernier tube de Coldplay : Feels Like I’m Falling in Love. Jacqueline s’inséra sur la bretelle d’autoroute et augmenta le son.


FIN DU 1ER CHAPITRE !

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