Meurtre au Collège du Parc – Chapitre 1
En arrivant dans la paisible bastide de Castegnan, qui aurait pu croire que la vie des habitants allait basculer ? Certainement pas Irène, l’esprit déjà tout occupé à sa journée qui commençait à peine.
Quatre juin, sept heures vingt. Un beau mardi d’été avant l’heure dans la campagne bordelaise. Déjà chaud. Très chaud. Irène glissa son jeu de clés dans une pochette zippée à l’intérieur de son sac, tira le portillon derrière elle et prit par la droite en direction du parc du Trèfle. Elle évitait ainsi le centre de la commune et son brouhaha naissant.
La nuit avait été difficile malgré la fraicheur procurée par les murs en pierre de sa maisonnette, si bien qu’il était faux de dire que sa journée commençait tout juste. Levée avant le soleil, la jeune femme avait entrepris d’arroser copieusement les fleurs, les arbustes et le carré potager qui décoraient son jardinet. Ses plantations seraient ainsi prêtes à affronter les températures caniculaires annoncées encore aujourd’hui par Météo France. C’était également le meilleur moment pour profiter d’une relative accalmie dans un mois de juin aussi estival, à l’affût d’une petite brise matinale. Un instant privilégié de communion avec la nature, dans le silence de l’aube, à écouter les premiers oiseaux s’éveiller. Elle s’était ensuite installée sur sa terrasse pavée, à côté des deux pieds de lavande dont le parfum viendrait bientôt embaumer son extérieur. Elle y avait pris son petit-déjeuner, agenda et crayon à la main.
Une centaine de mètres seulement séparaient la maison où Irène s’était établie du parc qui faisait la fierté de la commune. Le Train Express Régional de sept heures vingt-cinq vint troubler temporairement la quiétude qui rayonnait de l’écrin de verdure. Son coup de klaxon sonore au moment de quitter la gare ne surprit personne. Pas même la jeune femme qui ne logeait là que depuis la rentrée scolaire. Ni les habitants ni les écureuils du parc n’y prêtaient plus attention. Tout Castegnan vivait au rythme de la ligne Bordeaux-Bergerac. Une entorse au calme du village acceptée de fait.
De grands cèdres occupaient la partie haute du parc du Trèfle, promesse d’une promenade ombragée. Cependant, la jeune femme choisit le chemin fleuri qui menait vers la Dordogne et entama donc la descente à découvert vers le fleuve. Aucun risque de prendre un coup de soleil à cette heure-ci, se dit-elle. Les chênes qui bordaient le cours d’eau un peu plus loin la protégeraient de sa morsure implacable. Pas la peine de sortir la crème solaire du sac à main, ce n’était qu’une histoire de quelques minutes, le temps de rejoindre la rive.
Vingt minutes de marche lui suffisaient pour rejoindre son lieu de travail en choisissant le trajet le plus long. Elle l’aurait d’ailleurs bien prolongé tant elle se sentait légère ce matin-là sans son cartable bourré de photocopies et de devoirs à corriger. Elle savait le mois de juin difficile. Conseils de classe, réunions et rendez-vous avec les parents à la chaine, dernière ligne droite avant les examens et le couperet de l’orientation, adolescents surexcités à l’idée des grandes vacances prochaines. Aussi avait-elle choisi de limiter son travail de préparation en prenant de l’avance dès le mois de mars. Quant aux notes auxquelles elle n’accordait que peu d’importance, elle avait arrêté d’en donner dès la fin du mois de mai. Tout ce dont elle avait besoin pour travailler était donc bien rangé sur les étagères du cabinet d’anglais.
Sans s’en rendre compte, elle avait dépassé le château Scotberry et remontait déjà la pente jusqu’au collège. Elle sortit son badge magnétique pour ouvrir le portail d’accès aux bâtiments, le remit dans son sac et en profita pour vérifier que les clés de son domicile étaient bien à leur place. Elle avait eu beau enfiler une chemise légère en lin blanc ce matin-là, sa petite balade l’avait mise en sueur. Elle jeta un coup d’œil rapide dans les fenêtres qui lui renvoyaient son reflet. Ses quelques mèches auburn savamment sorties de sa queue de cheval ne semblaient pas avoir souffert de cet effort matinal. Satisfaite, elle poussa la porte et entra dans l’arène.
FIN DU 1ER CHAPITRE !