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Meurtre(s) en Eaux douces – Chapitre 1

Meurtre(s) en Eaux douces – Chapitre 1

Comme c’était bon d’être à la maison !

Installée dans la cour intérieure du Doux Délice, Irène sirotait son thé aux agrumes, rêveuse. Dans trois jours, la fête du Mascaret sonnerait la fin de l’été. Les grandes marées d’équinoxe emporteraient le souvenir du meurtre qui avait tant bouleversé Castegnan en juin dernier.

Jamais deux sans trois !

Quelle drôle d’idée ! Un pressentiment ? Cette pensée lui arracha un frisson malgré la douce chaleur qui rayonnait sur la terrasse pavée. La jeune femme posa sa tasse sur la table bancale et observa ses proches s’agiter à travers la verrière. À ce moment-là, rien ne laissait supposer que le village serait de nouveau placé sous le feu des journalistes. Et pourtant…

Tout le monde était là. Jacqueline et Andrée haranguaient les petites mains recrutées pour l’occasion. Les septuagénaires les plus dynamiques de Castegnan avaient transformé leur salon de thé-snack en quartier général pour l’organisation des festivités. Même Erick, le père d’Irène s’était joint aux préparatifs. Pour la première fois de sa vie, il exposerait ses photographies durant l’évènement. Un ensemble de clichés qui retraçaient la vie locale sur près de trente ans, depuis qu’il s’était installé dans le village avec sa femme. Avec Camille.

Camille. La mère d’Irène. Son souvenir ressurgissait toutes les nuits dans le sommeil de la jeune femme depuis qu’elle avait retrouvé la trace de ses ancêtres irlandais. Tant de questions restaient en suspens. Sa mère avait suivi un parcours similaire au sien, vingt-trois ans plus tôt, juste avant sa mort. Comment s’y était-elle prise ? Son décès avait-il un lien avec la famille Scotberry ? Irène ne pouvait s’empêcher de se poser la question, mais elle n’avait pas encore fouillé dans les cartons que son père conservait dans le garage. La rentrée scolaire et l’organisation de la fête du Mascaret ne lui en avaient pas laissé le temps.

Bercée par le bruit des casseroles en cuisine, les coups de ciseaux dans le crépon et les rires de ses proches, Irène se perdit dans ses pensées. À l’intérieur, sa meilleure amie, Luna était accompagnée de Ludo, une histoire qui avait étonnamment survécu aux grandes vacances. Maël était là aussi, se pliant en quatre pour tenter de suivre les ordres désordonnés de Jacqueline et Andrée. Tout comme Raymond qui venait de livrer trente caisses de vin bio de sa propriété et qui n’avait pu s’échapper avant que ses copines ne le fassent tourner en bourrique. Son lot quotidien depuis plus de soixante-dix ans. Irène sourit.

— Bon alors ma p’tite Reine, tu viens nous aider ou quoi ? surgit Luna. On a besoin de main-d’œuvre ici, ajouta-t-elle en montant le ton pour que tout le monde entende.

Les yeux pétillants de malice, elle regardait son amie qui prenait le temps de terminer son repas alors que tout le monde s’affairait dans la salle de restaurant.

— Ah, y’en a qui se la coule douce à ce que je vois ! renchérit Andrée en se positionnant dans l’encadrement de fenêtre. Tu vas pas t’en tirer comme ça, ma belle. C’est toi qui serviras les plats vendredi soir pour la peine.

— Oh, laisse la petite, intervint Jacqueline en passant, les bras chargés de plateaux. Elle a besoin de récupérer. Avec tout ce qu’il lui est arrivé…

— Arrête un peu de couver ta petite-fille, Jacky ! Elle n’a plus dix ans. Ça fait un mois qu’elle est rentrée. Elle va très bien ! Allez, hop, hop, hop, au boulot ma vieille ! ordonna-t-elle à Irène. Et plus vite que ça ! ajouta-t-elle en prenant un air sévère, les poings sur les hanches.

Luna et Irène échangèrent un regard entendu. C’était la manière dont Andrée prouvait son affection. Elles réprimèrent un éclat de rire, et Irène se leva pour rejoindre ses amis en plein travail. Jacqueline posa ses plateaux sur un diable et ajouta des guirlandes sur la pile tout en énumérant ses consignes à Maël :

— Tiens, jeune homme. Tu déposes les plateaux dans le chapiteau principal. Personne ne nous les volera, et ce sera toujours ça de moins à apporter vendredi. Comme on va avoir du beau temps, tu peux commencer la décoration, puisque tu n’as rien d’autre à faire cet après-midi.

— Euh…

Il n’osa pas la contredire. Certes, pas de cours au collège le mercredi après-midi, mais les premières copies de l’année à corriger, la préparation des cours… L’ancienne maitresse d’école avait vite oublié combien l’enseignement était un métier prenant. Elle poursuivit ses explications :

— Les fanions verts à droite, c’est pour le vin blanc. Les rouges à gauche, pour ceux qui veulent un verre de rouge. Ça évitera que l’on se croise derrière le stand, chacun a intérêt à faire la queue du bon côté. Attends ! Ne bouge pas ! Je vais prendre une photo pour nos réseaux.

Maël l’entendait à peine, tout occupé à observer Irène. Elle s’était attablée avec papier et crayons colorés pour préparer affiches, menus, et listes de prix. Concentrée sur son travail, elle ne cherchait plus à discipliner les mèches de cheveux tombées de sa queue de cheval. Comme elle était jolie…

— Eh, Boucles d’or ! interpela Andrée. Tu écoutes Jacky, oui ? T’iras minauder avec la jolie rousse un autre jour, t’as du maille !

Ludo, Erick et Jacqueline tournèrent leur regard vers le jeune homme qui changea instantanément de couleur. Le cœur d’Irène s’accéléra, mais elle évita de lever les yeux pour ne pas devenir aussi rouge que Maël devait l’être. Elle déglutit et tenta de faire comme si de rien n’était. Luna pouffa de rire, puis fit diversion pour lever la gêne qui venait de s’installer dans la pièce.

— Toi aussi, t’as qu’à y aller avec Maël, dit-elle à Ludo. Vous ne serez pas trop de deux pour accrocher tout ça, ajouta-t-elle en brandissant des mètres de guirlandes faits main.

Elle en enroula une dizaine autour de son coude, puis monta sur la pointe des pieds pour les glisser au cou de son rockeur tout en lui déposant un baiser sur les lèvres.

— Allez, arrête de loucher dans mon décolleté et file avec Maël, lui murmura-t-elle à l’oreille. On se voit ce soir.

Les deux hommes s’échappèrent les bras chargés de matériel. Andrée avait raison, il y avait encore du travail pour que cette fête soit réussie. Beaucoup de monde était attendu dans la commune ce week-end. Pour voir ou surfer la vague du mascaret remontant la Dordogne, on venait de loin. Très loin. Les journalistes ne manqueraient pas le déplacement. Le phénomène était attendu vers dix-huit heures trente le premier jour, à peine plus tard le samedi, puis le dimanche. Pile pour l’heure de l’apéritif, de quoi attirer beaucoup de visiteurs au port de Castegnan. Et tout autant de témoins.


FIN DU 1ER CHAPITRE !

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